Techniques de fabrication d’un parfum

Publié le : 16/07/2019 14:00:35
Catégories : Actualités Oriza

Alambic parfum

Depuis l’Antiquité, toutes les cultures utilisent le parfum à des fins religieuses, médicinales ou amoureuses. Les techniques pour obtenir ces « huiles précieuses », bien qu’ayant été améliorées, sont toujours utilisées aujourd’hui pour fabriquer les parfums subtils et complexes que vous connaissez. Revenons sur ces techniques, ainsi que celles qui ont été développées depuis.

Les différentes techniques de fabrication d’un parfum

Les deux principales techniques de fabrication d’un parfum sont la distillation et l’extraction, qui peuvent se décliner pour s’adapter au naturel dont on veut capturer l’odeur.

Technique N°1 : La distillation

Alambic parfum en Irak 3500 avant Jésus-Christ

Alambic parfum en Irak 3500 avant Jésus-Christ

La distillation est la plus vieille technique connue pour extraire les principes odorants d’un naturel. On l’utilise depuis l’Antiquité, comme en témoigne un alambic retrouvé par des archéologues en actuelle Irak et qui daterait de 3500 ans avant Jésus Christ.

La distillation permet de récupérer les huiles essentielles contenues dans les matières naturelles végétales types plantes, fleurs ou bois. Cette technique repose sur les points d’ébullition des molécules contenues dans les huiles essentielles, et par conséquent les méthodes peuvent varier pour accroître son efficacité.

La plus commune des distillations est l’hydro-distillation. Dans un alambic, le naturel à distiller est placé sur une grille, au-dessus d’une cuve remplie d’eau qui est portée à ébullition. La vapeur d’eau entraîne avec elle les composants volatils du naturel, puis est condensée dans le réfrigérant. Le distillat obtenu est un mélange d’eau et d’huile essentielle que l’on isole par décantation.

La distillation fractionnée est un procédé avancé d’hydro-distillation qui, par l’ajout d’une colonne à fractionnement au dessus de l’alambic, permet de graduellement séparer les molécules les moins volatiles avant qu’elles ne soient condensées.

Lorsque le naturel est fragile et risque d’être détérioré par un trop grande chaleur, on peut utiliser une distillation à vapeur d’eau. Le fonctionnement est identique à une hydro-distillation, mais à la place d’eau portée à ébullition on introduit directement de la vapeur d’eau.

La distillation sèche est une technique principalement utilisée pour les bois. On ne fait pas intervenir d’eau, on chauffe directement le bois. Le gaz produit est condensé dans le réfrigérant. Cette distillation est une distillation dite de destruction car elle induit une décomposition chimique : les molécules lourdes se cassent et produisent des molécules plus volatiles. Cela permet de séparer le distillat de résidus non désirés tels que le charbon, le méthanol, ou encore les terpènes.

Enfin dans le cas de naturels dont les composants sont très peu volatils, on peut appliquer une distillation moléculaire, c’est-à-dire qu’au lieu d’augmenter la température on réduit la pression, ce qui permet l’évaporation des molécules sans qu’elles soient décomposées.

Technique N°2 : L'extraction au Solvant

Si la distillation se base sur les points d’ébullition des molécules, l’extraction au solvant se base quant à elle sur la solubilité des ces dernières dans différents solvants. En effet, dans le cas d’une extraction au solvant, le naturel est dissous dans le solvant. La solubilité des molécules dépendant de leur polarité, on choisira de l’eau ou de l’alcool (éthanol, méthanol …) dans le cas de composés polaires, et du penthane, hexane ou benzène dans le cas des composés peu ou pas polaires. Si possible, on utilise prioritairement de l’hexane du fait de sa grande volatilité.

Une fois le naturel complètement dissous dans le solvant, on porte le tout à ébullition. Le point d’ébullition du solvant étant inférieur à celui des autres composés, le solvant est éliminé car évaporé et on obtient une pâte grasse très odorante, appelée concrète. Cette concrète est ensuite lavée et purifiée avec de l’alcool à de nombreuses reprises, ce qui permet aux corps gras de précipiter. On réalise alors glaçage et filtration afin d’isoler ces corps gras et de ne récupérer qu’une solution transparente, et souvent colorée, que l’on nomme absolu.

L’extraction au solvant est particulièrement recommandée pour les plantes fragiles, notamment les fleurs. C’est un procédé qui nécessite une grande quantité de solvant et une grande patience car il peut durer plusieurs mois.

Dans la famille des extractions au solvant, on dénombre trois grandes sous-catégories : l’infusion, la macération et la décoction. L’infusion intervient lorsque le naturel est dissous dans un solvant en ébullition ; la solution est ensuite refroidie et stockée plusieurs mois avant filtrations. La macération concerne les naturels dissous dans le solvant à température ambiante et filtrés quelques jours après. La décoction se réfère quant à elle aux naturels dissous à température ambiante dans le solvant, mais dont la solution est ensuite portée à ébullition puis refroidie avant d’être filtrée.

Enfin, un absolu peut également être obtenu après une extraction dite Soxhlet. Il s’agit d’une extraction au solvant qui a la spécificité d’utiliser le même composé à la fois comme solvant (pour dissoudre le naturel) et comme purificateur (pour laver la concrète).

Technique N°3 : L'extraction au Fluide Supercritique

L’extraction au fluide supercritique est un dérivé de l’extraction au solvant. Le solvant qui est alors utilisé est le CO2. En effet, le CO2, fluide supercritique, combine les propriétés physiques d’un liquide et d’un gaz : pour une pression constante à 7,4 bar, à une température inférieure à 31°C il est sous forme liquide, et à une température supérieure à 31°C il est sous forme gazeuse. Lors d’une extraction au CO2, le naturel est dissous dans du CO2 liquide (température inférieure à 31°) puis on augmente légèrement la température et, après évaporation du CO2, on obtient un absolu d’une grande pureté.

L’extraction au CO2 a de nombreux avantages : elle minimise les résidus potentiels dans l’absolu, elle ne détériore pas les composés odorants avec une trop grande chaleur, elle ne pollue pas et le CO2 peut être réutilisé indéfiniment.

L’extraction au CO2 est surtout utilisée pour extraire les naturels peu odorants et/ou très fragiles tels que les bois (écorces), les graines et les épices.

Technique N°4 : L'expression à Froid

Expression à froid parfum agrumes

L’expression, ou pression, à froid est la technique la plus facile et rapide à utiliser. Elle ne s’applique cependant qu’aux fruits, et majoritairement aux agrumes. Les huiles de ces derniers sont contenues dans des glandes situées dans leur écorce. Il suffit dès lors d’exercer une pression physique, notamment avec une presse, pour extraire ces huiles essentielles.

Cette technique permet d’extraire des molécules sans aucunement modifier leurs propriétés; c’est pourquoi elle est largement utilisée en aromathérapie. Cependant, cette technique se réalisant à froid, les huiles obtenues se conservent moins longtemps.

Technique N°5 : L'enfleurage

Enfleurage parfum

L’enfleurage est une technique connue depuis l’Antiquité mais très peu usitée de nos jours car elle demande beaucoup de temps et de main d’œuvre. Cette technique consiste à déposer des fleurs fraîches sur une couche de graisse végétale ou animale. La graisse absorbe les molécules odorantes. Les fleurs sont laissées quelques jours ou quelques semaines selon l’espèce, puis retirées et remplacées par de nouvelles. On répète l’opération jusqu’à ce que la graisse soit totalement saturée. La graisse, alors appelée pommade, est ensuite lavée à l’alcool afin de séparer la graisse des huiles odorantes, et filtrée.

L’enfleurage peut se faire à chaud ou à froid en fonction de la température de la graisse sur laquelle sont déposées les fleurs.

Après filtration et obtention de l’huile essentielle, la graisse peut être récupérée, car toujours légèrement parfumée, et transformée en savon.

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