Jean-Louis Fargeon, parfumeur royal (1748-1806)

Publié le : 02/04/2019 14:30:49
Catégories : Actualités Oriza

Jean-Louis Fargeon est issu de la plus belle lignée de parfumeurs-apothicaires au monde, présente à Montpellier, capitale de la médecine, des apothicaires (qui y avaient un statut depuis 1572) et du parfum aux XVIème et XVIIème siècles.

Jean-Louis Fargeon s'est particulièrement illustré à la Cour de France auprès de Marie-Antoinette dont il obtenu les grâces mais c'est à son ancêtre, pourtant moins connu aujourd’hui, Fargeon Aîné, que l'on doit la réputation mondiale des parfums français à la Cour du Roi Louis XV, surnommée " La Cour Parfumée"...

Fargeon Aîné : son histoire, son ascension et la biographie

Parfumerie Oriza L.Legrand rue Saint-Honoré, Paris

Parfumeur et Distillateur du Roi Louis XV et de sa Cour, c’est en 1720 que Fargeon Aîné donna naissance à la Maison Oriza, devenue au XIXème siècle Oriza L. Legrand

Descendant d’une lignée de maîtres apothicaires

Au XVIIème siècle, les Fargeon s’étaient illustrés par des « compositions pour la santé » et des « parfums pour l’embellissement » qui avaient construit leur réputation.

Bien qu’issus de la communauté des apothicaires, la famille Fargeon avait fait du parfum sa spécialité.Ils furent parmi les premiers parfumeurs qui lancèrent les produits parfumés, poudres et onguents « à la mode montpelliéraine » si bien que la « toilette montpelliéraine », composée de 9 végétaux (Iris, camanne, bois de rose, santal, calamus, souchet, cannelle, clous de girofle, labdanum) devint incontournable auprès de la riche clientèle.

Les Fargeon firent de fructueux mariages avec les membres des corporations voisines de la leur, de sorte que la plupart des membres de cette famille fît du parfum sa spécialité et que plusieurs Fargeon se rendirent célèbres trois siècles durant, parmi lesquels Jean-Louis Fargeon Aîné, le premier et le plus célèbre du début du XVIIIème siècle et fondateur de la Maison Oriza fournisseur de Louis XV et de sa Cour Parfumée et Jean-Louis Fargeon, illustre parfumeur de la Reine Marie-Antoinette connue et reconnue pour ses goûts raffinés et son addiction aux parfums naturels de fleurs: jasmin, iris, violette, rose, œillet..

De Montpellier à la Cour de France

C’est en 1748 que naît au milieu des effluves, celui qui deviendra le dernier parfumeur de cette longue lignée encore reconnue à ce jour.

Jean-Louis Fargeon-père tenait boutique à Montpellier sur la Grand-Rue et, acquis aux idées des Lumières, mesurait tous les avantages d’une éducation du corps et de l’esprit en offrant à son fils, certes l’apprentissage de la parfumerie mais surtout de solides études qui lui permettraient d’exceller dans un métier raffiné dans lequel la clientèle exigeait qu’on sût s’exprimer en beau langage.

« Quand je ne serai plus, il conviendra que tu songes à transférer notre Maison à Paris ». Montpellier ne se prête pas à de grandes entreprises. C’est dans la Capitale que se trouve la clientèle la plus élégante et la plus fortunée. » lui dit son père… (in « Jean-Louis Fargeon, Parfumeur de Marie-Antoinette » page 29, par Elisabeth de Feydeau, Editions Perrin).

Cosmétiques, rouges, poudres à perruques, fards, savons, pâtes à blanchir le visage et les mains, opiats dentaires, tablettes parfumées et liqueurs pour lessoins de la bouche… le jeune Jean-Louis Fargeon ne cessa de perfectionner les préparations familiales.

Peu à peu, la mode de Montpellier fut supplantée par celle de Grasse et il fallut penser aux conseils paternels…

L’arrivée en France de Madame L’Archiduchesse Marie-Antoinette future Reine de France en 1770 le convainc de partir à Paris pour conquérir la capitale et ses effluves.

Il ne retint qu’une chose : jeune, riche et belle, la future Reine de France, à l’image de sa clientèle, l’attendait à Paris.

Fort du succès de son nom de famille à Paris et par la notoriété de la Maison Oriza, tenue par un cousin Fargeon et qui avait une boutique installée dans l’enclos dit « privilégié » de la Cour du Louvre, Jean-Louis Fargeon perfectionna son apprentissage.

La Maison Oriza était renommée pour ses préparations destinées à entretenir la fraîcheur du teint et composées pour la Célèbre Ninon de Lenclos un siècle plus tôt.

Puis il prépara sa maîtrise chez le parfumeur Vigier, rue du Roule, parfumeur de Madame Du Barry et de personnalités de la Cour.

Il prit une rente viagère auprès de la Veuve du Parfumeur et deviendra propriétaire de sa propre boutique par la suite.

Présenté à Madame Du Barry, il séduisit par son élégance et sa discrétion.

Elle lui promit de lui ouvrir les portes de la Cour.

Heureusement, la Reine favorisait les jeunes audacieux et aimait les fleurs à la folie, rose, jonquille, lilas, violette, lys…Fargeon confectionna une eau, une poudre et une pommade « A la Reine »…

C’est par l’entremise de la Princesse de Guéménée, proche de Marie-Antoinette, que Fargeon offrit des gants parfumés à La Reine de France, qui avaient la réputation d’embellir les mains durant la nuit et de la protéger lors de longues et périlleuses promenades à cheval.

Les gants offerts déclenchèrent une vague de commandes, la Reine était séduite :

Gants parfumés, sachets pour le bain appelés « Bain de Modestie » pour celle qui détestait l’étiquette et la pompe…puis enfin, il créa les parfums des fleurs artificielles destinées à garnir les coiffes « à la Pouf » inventées par Rose Bertin, modiste, ou plutôt « Minsitre des Modes » de Sa Majesté.

Tout en aimant le luxe à l’extrême, Marie-Antoinette préférait les eaux simples comme «  L’Eau de Fleur d’Orange dite du Roy » que préparait la Maison Oriza pour feu Louis XV, L’Essence de Lavande, L’Essence de Citron, les Vinaigres Aromatisés, les Eaux Spiritueuses de Roses, de Violettes, de Jasmin, de Jonquilles ou de Tubéreuses, alliées à des notes animales et musquées, des Esprits Ardents, plus concentrés, et donc plus chers, et des pots pourris aux Mille Fleurs…Pour s’endormir, Fargeon lui composait L’Eau d’Ange…

La biographie d'Elisabeth de Feydeau

Docteur en Histoire et auteure d’une thèse à la Sorbonne « De l’Hygiène au Rêve : l’industrie française du parfum, de 1830 à 1945 », écrivain reconnue, experte de Versailles et du Parfum, Elisabeth de Feydeau conte avec talent la fabuleuse histoire du plus célèbre parfumeur du XVIIIème siècle.

Mais à travers l’histoire personnelle du parfumeur, c’est toute l’histoire en parfum qui est décrite dans ce roman, celle de la Corporation des Maîtres Parfumeurs et Gantiers dont la famille Fargeon est la plus illustre mais aussi celle de la parfumerie contemporaine dont elle est issue.

A travers Jean-Louis Fargeon, nos parfums d’aujourd’hui n’existeraient pas avec le même rayonnement…

« Jean-Louis Fargeon, Parfumeur de Marie-Antoinette » page 29, par Elisabeth de Feydeau, Editions Perrin.

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