Quelle est l’histoire du parfum ?

Publié le : 21/05/2019 14:13:08
Catégories : Actualités Oriza

« Lecteur, as-tu quelquefois respiré

Avec ivresse et lente gourmandise

Ce grain d'encens qui remplit une église,

Ou d'un sachet le musc invétéré ? »

Charles Baudelaire

Tour à tour poétisé ou chanté, religieux ou séducteur, adoré ou décrié, le parfum ne s’est, au fil des millénaires, jamais départi de son aura de fascination. 

Produit précieux présent dans toutes les sociétés, le parfum est aujourd’hui un témoin incontournable de l’évolution des us et coutumes au cours de l’Histoire.

Le parfum : son origine et son histoire au fil des siècles

Du latin « per fumum » qui signifie par la fumée, le terme parfum renvoie à l’utilisation religieuse de l’encens et autres résines ou aromates qui étaient brûlés et dont la fumée véhiculait jusqu’aux dieux les messages des hommes.

Origines : le parfum à la Préhistoire

Avant même la découverte du feu, les hommes de la Préhistoire avaient découvert le pouvoir odorant des plantes. Si l’utilisation des plantes était avant tout à visée thérapeutique, les hommes du Néolithique avaient également compris leur intérêt aromatique en les brûlant et en les ajoutant à leur nourriture. On rapporte même que certains peuples enduisaient leur corps de concoctions de plantes afin d’attirer le gibier. Le plus ancien vestige de pot en terre cuite contenant des restes organiques date du VIIème millénaire avant Jésus Christ, et des tablettes cunéiformes datant du IVème millénaire avant JC prouvent que le peuple des Sumériens, vivant en Mésopotamie, faisaient déjà commerce de « parfums ». A ce jour, les scientifiques ont pu établir que les hommes préhistoriques utilisaient le pissenlit, la tanaisie, le brai de bouleau, la cire d’abeille, le miel ainsi que d’autres matières végétales et animales.

Le parfum dans l’Antiquité

Parfum Egypte Antique

Société emblématique de l’Antiquité, l’Egyptienne ancienne a su donner au parfum une place de choix. Des milliers de jarres parfumées retrouvées dans le tombeau de Toutankhamon aux bains à la rose de Cléopâtre, le parfum est omniprésent dans la société égyptienne. Les encens, les baumes et les résines tels que le benjoin et la myrrhe faisaient partie intégrante des rites religieux. Préparés au sein des temples, les parfumeurs de ces essences divines n’étaient autres que les prêtres. Il n’est ainsi pas étonnant de retrouver la formule du fameux Kuphi -le parfum deux fois bon- gravée sur les murs du temple d’Edfou.

Sous forme d’huile ou d’onguent, les aristocrates égyptiens intègrent le parfum à leur toilette. Selon eux, un corps parfumé est un corps proche des divinités. Si le parfum était inclus dans la vie quotidienne, il accompagnait également les Egyptiens dans leur voyage dans l’au-delà : des aromates étaient placés dans le corps des défunts afin d’assurer leur préservation.

Dans la lignée des Egyptiens, les Grecs font grand usage du parfum, notamment de l’encens lors des rites religieux et des aromates pour leur pharmacopée. Cependant, les Grecs découvrent au parfum un nouvel atout : la séduction. Délicat sur les jeunes filles et sur les jeunes éphèbes, opulent sur les courtisanes, le parfum devient synonyme de beauté. Se développent alors de nombreux mythes sur les origines divines des plantes odorantes ; on peut citer l’exemple de la nymphe Myrciné qui donne son nom au myrte.

Avec le développement de leurs comptoirs commerciaux au Proche-Orient dès le VIIème siècle avant JC, puis avec les conquêtes orientales d’Alexandre le Grand au IVème siècle avant JC, la parfumerie grecque s’enrichit d’épices (safran, cannelle), de baumes (benjoin) et autres encens (myrrhe, styrax).

Parfum Empire Romain

Après l’annexion de la Grèce par l’Empire Romain, le parfum change de capitale et s’installe à Rome où son utilisation frôle la démesure. Souvent décrié par les philosophes tels que Sénèque ou Pline l’Ancien, le parfum devient synonyme d’excès. Indissociable de la toilette, il s’invite même dans les bains publics, où des masseurs sont engagés pour enduire le corps des baigneurs d’huiles parfumées, et lors des banquets où des milliers de pétales de rose sont déversés tout au long de la soirée par d’ingénieux dispositifs incorporés aux plafonds. Le prix des fleurs, épices et aromates dépasse parfois celui de l’or. Il faut dire que l’invention des vases en verre soufflé a optimisé la conservation des parfums et facilité leur transportation, rendant leur commerce très lucratif. Au quartier des parfumeurs, près de la Via Sacra, se pressent les riches Romaines à l’affût des dernières nouvelles de l’Empire : l’expression « être au parfum » viendrait de là.

Mais cette débauche sensorielle cesse néanmoins avec la chute de l’Empire Romain ; seul l’Empire Byzantin gardera de la grandeur romaine cette profusion de senteurs.

Le parfum au Moyen-Âge

Jardin Botanique au Moyen-Âge

Avec l’avènement du christianisme en Europe et l’austérité des mœurs qui l’accompagne, l’usage du parfum est restreint à la médecine durant le Moyen-Age. Les jardins botaniques fleurissent alors partout, notamment dans les monastères, afin de préparer onguents cataplasmes à base des « simples », nom donné aux plantes médicinales telles que les bourrache, sarriette, millepertuis, armoise, mélisse ou autre guimauve. Les aromates sont brûlés pour purifier l’air et prévenir les maladies ; c’est notamment le cas lors de la Grande Peste Noire de 1348 qui décime les trois-quarts de l’Europe. Selon la légende, quatre voleurs, après s’être enduit le corps d’un vinaigre composé de romarin, absinthe, menthe, et de camphre, réussirent à voler les maisons de pestiférés décédés sans attraper eux-mêmes la maladie.

La peur grandissante de l’eau, supposée desserrer les pores de la peau et augmenter les risques d’infection, renforce l’utilisation d’onguents aromatiques à même la peau. Le parfum se fait également accessoire thérapeutique via les pomanders, ou pommes d’ambre, chaînes auxquelles étaient attachée une boule (en or ou en argent pour les nobles) renfermant de l’ambre ou des muscs animaux pour les plus riches, des aromates ou du vinaigre pour les plus pauvres.

L’invention notoire de cette période est la distillation, mise au point par Avicenne et rapportée des pays arabes par les Croisés. Elle permet de donner naissance au plus ancien parfum alcoolique connu à ce jour, l’Eau de la Reine de Hongrie, en 1370. Ce dernier, composé de vin, de romarin, de lavande et de rose, avait la réputation de guérir les infirmités et raviver la beauté ; c’est par ce subterfuge que la reine Elizabeth de Hongrie, 72 ans, aurait réussi à être demandée en mariage par le jeune Prince de Pologne.

Le parfum à La Renaissance 

A la Renaissance, le recul constant de l’hygiène rend l’utilisation du parfum systématique par les Grands de la Cour. Deux pays se démarquent pour leur consommation de parfums : tout d’abord, l’Italie qui, grâce à la main mise de Gênes et Venise sur le commerce méditerranéen, bénéficie de nombreuses épices venues d’Inde et du Proche-Orient, puis la France qui, après le mariage en 1533 de Catherine de Médicis avec Henri II de France, fait naître le métier de parfumeur, alors dénommé « maître gantier-parfumeur ». En effet, pour satisfaire la demande de la Reine en gants, les tanneurs de Grasse développent une technique spéciale afin de purger les peaux de leur mauvaise odeur en les enfleurant successivement de jonquilles, roses, violettes et tubéreuses.  Grasse devient alors au XVIIème siècle la capitale européenne de production de fleurs et de parfums.

A cette même époque, les Grandes Découvertes et l’imprimerie permirent d’introduire de nouvelles odeurs (vanille, cacao, tabac, baume du Pérou, baume de Tolu, fève tonka du Brésil, benjoin de Sumatra…) et de diffuser les formules des parfums à travers l’Europe.

A la Cour de Louis XIV, dit « le doux fleurant », tous les objets de la vie quotidienne sont parfumés : gants, mouchoirs, éventails, perruques, chapelets ; les courtisanes ont à leur disposition de multiples essences (fleur d’oranger, jasmin, iris, muscs) pour séduire le roi, friand plus que de raison de parfums…et qui, selon la rumeur, en serait, d’excès, devenu allergique à la fin de sa vie.

Le parfum au XVIIIe siècle

Le Siècle des Lumières est également celui des parfums. La Cour de Versailles en fait tant usage qu’on la surnomme la Cour Parfumée. Cependant, les parfums se renouvellent, et les parfums capiteux aux notes animales du XVIIème laissent place à des parfums subtils, légers et floraux, parfois appelés « esprits » ou « quintessences ». C’est à cette époque que les maîtres parfumeurs ouvrent leurs premières boutiques à Paris : Jean Fargeon, parfumeur de Louis XV sous le nom « Oriza », s’installe dans la Cour Carrée du Louvre. D’autres grands noms s’illustrent durant cette période...

Mais la grande favorite de ce siècle est l’eau de Cologne, rapportée d’Allemagne par Jean-Paul Féminis à la fin du XVIIème siècle et ressuscitée par son petit neveu Jean-Marie Farina dans les années 1720. Cette eau rafraîchissante et revigorante suscite un tel engouement que chaque parfumeur se doit d’en créer une…

Le parfum au XIXe siècle

Distillation fleurs pour parfum

Après la Révolution Française qui avait marqué un coup d’arrêt dans la production de parfums, l’Empire remet la parfumerie au goût du jour. Napoléon Ier ne jure que par sa Cologne Impériale, tandis que l’Impératrice Joséphine, influencée par les odeurs de son enfance en Martinique, préfère les parfums lourds à base de vanille, d’ambre et de muscs. De même, l’Impératrice Joséphine, en milieu de siècle, réinstaure la mode des parfums capiteux à base de patchouli, fève tonka, bois et muscs.

La seconde moitié du XIXème siècle marque un tournant majeur et le début de la parfumerie dite « moderne ». L’industrialisation massive de cette fin de siècle permet la mise au point de nouvelles techniques d’extraction et le développement de la chimie organique avec l’introduction des molécules synthétiques. Sont également découverts à cette période les ionones, les aldéhydes et l’héliotropine que l’on retrouvait dans Héliotrope de la Parfumerie Oriza de L. Legrand en 1886. La palette du parfumeur s’enrichit considérablement grâce à ces nouvelles molécules, et le parfum accède à un haut degré de raffinement. Parallèlement, l’industrialisation du flaconnage et du packaging permet de baisser les prix de vente et rend le parfum accessible à un plus grand nombre.

Le parfum au XXe siècle

Les premières années du XXème siècle signent la consécration de grands créateurs tels que la Maison Oriza L. Legrand, à l’époque rue Saint-Honoré puis Place de La Madeleine à Paris. 

Les « Années Folles » voient l’apparition de ceux que l’on surnommera les parfumeurs couturiers. Inspirées par Paul Poiret qui avait créé Les Parfums de Rosine du nom de sa fille, les maisons de haute couture lancent peu à peu leur parfum.

La Maison Les Parfums de Rosine fut d’ailleurs rachetée par la Maison Oriza L. Legrand en 1930.

Les années 30 et 40 représentent une « starisation » des parfums, qui deviennent plus opulent, plus provocants, plus chyprés et dont parfois les flacons évoquent les courbes plantureuses des actrices américaines.

Dans les années 50, arrivent sur le marché les premiers parfums venus d’Outre-Atlantique. En Europe, les parfumeurs s’intéressent au marché masculin et proposent une grande diversité d’accords : les Colognes, les orientaux ou encore les boisés.

Pour souligner l’atmosphère ambiante de libération sexuelle et de contestation, les parfums des années 60 recherchent la transparence et réinterprètent les grands classiques.

Les années 70, avec l’essor de la publicité et des courants féministe et néo-romantique, imposent le parfum comme un véritable style de vie. Les hommes délaissent progressivement leur après-rasage au profit de parfums, essentiellement construits autour d’accords fougère. La tendance des parfums féminins est également aux floraux verts et aux chyprés.

Les années 80 incarnent l’individualisme, le culte du corps et de la réussite, et le luxe ostentatoire ; par conséquent, les parfums se font capiteux avec de grands succès orientaux.

En opposition avec la décennie précédente, les années 90 marquent un retour au calme, un refus de l’exubérance, et une quête de simplicité et d’authenticité. Les parfums se font aquatiques et floraux. C’est aussi l’apparition des premiers parfums unisexes.

Le parfum aujourd'hui au XXIe siècle

Le parfum aujourd'hui au XXIe siècle

La fin des années 90 et le début des années 2000 voient le retour des parfums orientaux, désormais « twistés » de notes gourmandes… Les années 2000 tentent de renouer avec les grands classiques de la parfumerie, tout en les modernisant…

Ces dix dernières années le marché du parfum est saturé avec plus de 1000 lancements par an (3600 nouveautés en 2018), notamment de « flankers » (parfums dérivés des grands succès). Plus de 97% des parfums lancés ont une durée de vie de moins de 2 ans dans les rayons. C’est pourquoi les clients et les marques cherchent à rompre avec les codes traditionnels du marketing et de la grande distribution en se tournant vers les collections privées ou « exclusives », ainsi que vers la « niche », plus confidentielle et qui permet une plus grande liberté créative.

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